Des chercheurs de l’IRAD valorisent les espèces telles que la patate douce, le sésame, les souchets, et le voandzou pour lutter contre les importations massives des denrées comme le lait, le riz, le blé ou les huiles végétales raffinées.
La zone soudano-sahélienne du Cameroun est confrontée à une insécurité alimentaire chronique, aggravée par la variabilité climatique, la faible diversification des systèmes de culture et la dépendance croissante aux importations alimentaires. Pourtant, cette région dispose d’un patrimoine végétal riche, composé d’espèces locales sous-utilisées telles que le souchet (Cyperus esculentus), le voandzou (Vigna subterranea), le sésame (Sesamum indicum) et la patate douce (Ipomoea batatas), qui présentent un fort potentiel agronomique, nutritionnel et économique.

Ce constat a poussé une équipe de chercheurs de l’Institut de Recherche Agricole pour le Développement (IRAD), dans le cadre de l’appel à projets import-substitution lancé par ledit institut de recherche, à travailler sur la « Valorisation des espèces locales sous-utilisées pour lutter contre l’insécurité alimentaire dans la zone soudano-sahélienne ». L’équipe coordonnée par Dr Bayabe Il Mataï s’est donnée pour objectif de redynamiser les pratiques culturales des espèces sous-utilisées (souchets, voandzou, sésame, et patates douce) afin de développer les activités génératrices des revenus pour mieux changer les habitudes alimentaires dans la zone soudano-sahélienne du Cameroun, en l’occurrence les régions de l’Extrême-Nord et Nord.

La valorisation de ces espèces s’inscrit dans une logique de substitution aux importations, en réduisant la dépendance aux produits alimentaires importés tels que le lait, le riz, le blé ou les huiles végétales raffinées. Promouvoir les espèces locales permet non seulement de renforcer la résilience alimentaire, mais aussi de stimuler les économies rurales par la transformation agroalimentaire et la création de chaînes de valeur locales. En effet, le souchet cultivé offre une alternative viable pour la diversification des cultures et l’amélioration des revenus des producteurs locaux grâce à sa tolérance à la sécheresse et sa richesse en lipides et minéraux dans cette zone du pays. De même, le voandzou, souvent qualifié de « légumineuse oubliée », est reconnu pour sa qualité nutritionnelle à travers sa teneur élevée en protéines et sa capacité à enrichir les sols en azote, contribuant ainsi à la durabilité des systèmes agricoles.

Ce projet vise donc à repositionner ces cultures dans les systèmes agraires et alimentaires de la zone agroécologique I du Cameroun, en mobilisant les savoirs endogènes, les résultats de la recherche agronomique et les dynamiques communautaires. Les cultures sous-utilisées permettent de créer une valeur ajoutée et de changer les habitudes alimentaires afin lutter contre le problème du changement climatique et de la variabilité climatique.

Résultats attendus : les itinéraires techniques de la production endogène des espèces sous-utilisés (souchets, voandzou, sésame, et patates) dans la zone soudano-sahélienne seront connues ; les méthodes endogènes d’adaptabilité par rapport aux différents facteurs de la variabilité climatique influençant la production des (souchets, voandzou, sésame, et patates) sont acquises ; les accessions des espèces sous utilisés (souchets, voandzou, sésame, et patates) sont collectées ; les accessions des espèces sous utilisés à haut rendement sont identifiées ; les ateliers de formations et de communications sur les échanges d’expertises entre les producteurs des espèces sous utilisés sont organisées ; et les fiches techniques et les tracs sont montés et éditées dans les langues de la zone de travail.

